El Camino Loco – Terres d'ici, Terres d'ailleurs

Un nouveau depart

Tasmania

Jeudi 11 mars 2010, les derniers adieux, des vrais cette fois-ci, ce n’est pas un « à dans 5 mois ». Je m’envole vraiment, vers le paradis, du moins le mien, mais en laissant beaucoup derrière moi. Le départ est bien sur rude, mais mon expatriation était un choix voulu. Après avoir terminé les études en juin dernier, de retour de , j’étais parti pendant 2 mois faire du stop en avec Ben pour un autre voyage, puis de retour fin aout, les vacances prenaient fin. L’inactivité transitoire du non plus tout à fait étudiant & pas encore actif, commençait; le mauvais temps parisien n’arrangeait rien à mon état d’esprit: une série de remises en question, de centaines de CV envoyés , de quel chemin prendre…

Au bout de quatre mois, sans aucune perspective et en pleine révolte intérieure envers ce non-emploi de jeune diplômés, j’abandonnais progressivement la recherche d’emploi dans mon secteur malgré mes demandes, à travers toute l’Europe, qui se terminait toujours par un « sans remettre en cause votre expérience…. nous ne pouvons… en espérant… “; pour me lancer dans la photographie. J’avais réussi à dégoter un emploi en tant que photographe sur le bas des pistes de Font Romeu. Pas très ambitieux, mais il fallait bien faire quelque chose d’autre que de me lever le matin, mettre toujours la même polaire rouge et ce bas de jogging vert, de regarder la météo (et de me dire qu’encore une fois, ce ne sera pas possible de faire de l’escalade à fontainebleau alors qu’il n’y avait que ça pour me vider la tète ) et d’envoyer des CV. Et puis au moins, je retournerai dans le sud et faire du snowboard dans mes montagnes me disais-je. Mais ce dimanche soir de février, quelques heures avant de donner ma réponse pour le poste de photographe, je reçus un mail venant de l’ : JE L’AI ! MAMAM, PAPA, JE SUIS PRIT A  !

Hobart, ah Hobart… c’est un peu comme Toulouse, oh Toulouse. Que j’aime cette ville et la vie que j’y ai vécu l’année d’avant. C’est donc en Tasmanie que je repars vivre, avec un travail, un vrai et dans ma branche. Tous ces rêves ré-émergent, les senteurs d’eucalyptus, le bush et bien sûr la Boag Draught (bière locale ). Quelques semaines plus tard, tous mes papiers sont en règle, mon 457 sponsorship visa en poche je suis fin prêt.

Que prendre : une paire de jeans et trois chaussettes , deux guitares, mon netbook, le matériel d’escalade, combinaison de windsurf… question volume tout n’allait pas trop mal et rentrait sans trop de pression sur la valise, mais la balance de l’aéroport eut du mal avec le tonnage, et malgré mon plus beau sourire adressé a l’hôtesse, il m’a fallu rouvrir mes malles, les étaler par terre et me séparer du superflu. Puis est arrivée l’heure du traditionnel café d’attente… au MacDo, puisque le Barman, responsable du café de l’aéroport, était très légèrement sous l’emprise de substance alcoolisée. Il nous avait gentiment expliqué, bien qu’avec une peine certaine, qu’il n’y avait plus d’eau chaude pour faire le café. Du coca ? Non plus, il n’y avait rien, plus rien ! Léo Ferret, sors de ce corps, vade retro !!

Les minutes filèrent, les visages commencèrent par se raidir, les estomacs se nouèrent et finalement les yeux ne parvenaient plus a faire barrage, laissant libre court aux flots! Partagé entre joie et tristesse, je sais que quelque chose de grand m’attend de l’autre cote de la porte d’embarquement. Ce qui était peut-être encore un peu flou sur ce qui m’attendrait réellement en ce temps l’est beaucoup moins au moment ou j’écris. Cette petite ile m’a ouvert tellement d’horizons, me fait rêver, et trouve toujours de quoi les ré-alimenter.

Je dis au revoir à mes deux amis d’enfance, Thomas et JP, qui étaient venus me souhaiter bon vent, puis aux parents…

[…]

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

[…]

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense !
– Tel est du globe entier l’éternel bulletin. »

[…]

Faut-il partir ? Rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! […]

Charles Baudelaire (Le Voyage)

Alors je pars, donne de derniers adieux par téléphone à tous ceux que je n’ai pu voir, le sourire aux lèvres, et je dis finalement adieu à tout ce qui n’est que souvenir : mon pais, le Cantal, Ce trésor de Château Neuf du Pape, Évry, Toulouse, Maury … Décollage. Adieu à vous tous.

Après tout, ce n’est pas si loin, 30 heures de vol ne nous laissent même pas assez de temps de nous prendre un bon Scorbut ! départ jeudi soir, Paris, Dubaï, Melbourne pour enfin arriver à Hobart samedi midi heure locale. J’eus finalement beaucoup de chance avec ma guitare. On lui a réservé un siège à mes cotes, et lors des embarquements j’étais assimilé passager prioritaire. Je dis ça-je dis rien, mais il y en a qui ont de la chance. En survolant la Tasmanie, des frissons de bonheur me parcourent par le souvenir de toutes ces choses que je voulais faire ici bas l’année passée.

Les gens sont en claquettes, il fait beau, chaud, les forêts d’eucalyptus ont remplacé les forêts de chênes : Welcome to Hobart, International Airport. Salman, mon colocataire de l’année dernière, vint me chercher pour me ramener chez lui le temps que je trouve de quoi me loger. Cheveux au vent, lunettes de soleil, on se parle le long de la route comme si une seule semaine s’était écoulé depuis la dernière fois. Une fois arrivés, il repart aussitôt à son boulot, me laissant, ma fatigue ma sueur avec moi même… que faire ? Je n’ai pas grand-chose sur moi, pas de portable pour appeler mes amis de l’année dernière, pas d’ordinateur pour reprendre contact sur internet, pas de vélo… Retour à la case départ ! Un bon coup de savon, du salami entre deux tranches de pain, et me voila dehors, appareil photo au cou, pour profiter de ce magnifique temps. Je me dirigeais vers l’un de ces premiers endroits que j’avais visité l’année dernière, le Queen’s Domain, le vert des eucalyptus contrastaient si bien avec le bleu intense du ciel et le jaune blé si sec du sol. Les rosellas me virevoltaient au dessus, chantaient et je contemplais le tout, juste heureux d’être de retour. Mes pas m’emmenèrent ensuite à Fritzroy Garden, le quartier où la majorité de mes amis grimpeurs habitaient.

Où était passé le véritable chantier qui régnait auparavant devant la maison ? Le porche qui faisait face à la rue abritait habituellement hamacs, 15 vélos, une vieille borne d’arcade, caisson de bière, OCB et j’en passe. Mais là, plus rien ! Je jetai un coup d’œil à travers la vitre, vide, tapai a la porte aux cas où, personne. Je fis de même à la porte d’à côté, où d’autres amis habitaient, une jolie blonde m’ouvrit la porte, mais elle ne connaissait pas un seul des prénoms que je lui citai. Bilan, à l’autre bout du monde où je pensais retrouver tout instantanément, me faire un barbecue, manger du wallaby et boire quelques bières, tout ceci s’évaporait: je me retrouvais seul, l’impression d’avoir tout à reconstruire.

Salman était en période de jeune de par sa religion, et le soir, affamé qu’il était nous sommes partis au restaurant chinois avec deux de ses amis, tripes et pieds de porc au menu ! Je rassure, ce n’est pas très local comme plat. Et plus tard, au milieu de la conversation, ma tête tomba quasiment de fatigue dans la soupe. Décalage horaire oblige!

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